Texte écrit par Bonnie Braun

Dessin réalisé par Maude Bergeron

La marche des fiertés n’est pas née du besoin de célébrer le fait d’être LGBTQIA+, mais de notre droit d’exister sans persécution. Il est bien de revenir sur les origines pour lesquelles, chaque année, nous défilons dans les rues partout à travers le monde avec des drapeaux arc-en-ciel.

Nos luttes sont nées d’émeutes résultant de violences policières sur des personnes ostracisées de par leur identité de genre, leur orientation sexuelle, leur apparence et/ou leur classe sociale. Des violences résultant d’un système hétéropatriarcal toujours présent à ce jour, malgré les marches et toutes les meilleures volontés militantes.

Ce sytème est revenu infiltrer nos mouvements, plus insidieux, sous d’autres formes, mais toujours aussi violentes.Elles se nomment homonormativité[1], homonationalisme[2] ou même pinkwashing[3], et reprennent tous les codes du système capitaliste, raciste, sexiste et hétéronormé. Ce système capitaliste enferme les individu.e.s en créant des hiérarchies, basées sur des critères comme l'origine ethnique, l'état de santé, le genre et la sexualité. Il se nourrie de la domination des un.e.s sur les autres.

La précarisation généralisée permet la montée des racismes, du repli identitaire et de l'homonationalisme, et tente toujours plus de monter les minorités les unes contre les autres. Malgré l'ouverture à certains droits grâce à nos luttes, les hiérarchies de genre et de sexualité perdurent tout comme les violences qui y sont associées : lesbophobie, transphobie, gayphobie, biphobie, intersexophobie, violences conjugales, etc.

La libre disposition de nos corps n'est toujours pas acquise : psychiatrisation des personnes trans, enfants et adultes intersexué.e.s toujours mutilé.e.s par la médecine, aucune avancée sur l'accès à la PMA[4], remise en cause morale et économique de l’IVG, etc.

Le 28 juin prochain nous allons fêter les 50 ans des émeutes de Stonewall. Aujourd’hui la récupération mercantile et capitaliste de la marche des fiertés, comme de toutes les luttes d'émancipation, est à l’opposée même des raisons pour lesquelles nos sœurs et frères militant.te.s sont descendu.e.s dans les rue en 1969. 

Le Stonewall Inn, un bar géré par la mafia new-yorkaise, était célèbre pour sa popularité auprès des personnes les plus marginalisées : personnes trans, drag-queens, travestis, gays, lesbiennes, travailleur-ses du sexe et personnes sans-abris. Les descentes policières dans cet établissement étaient monnaie courante à l’époque où toutes ces minorités étaient harcelées, violentées, réprimées et arrêtées par la police.

Mais le 28 juin 1969, les policiers perdirent rapidement le contrôle de la situation en raison d’une foule révoltée qui décidèrent de ne plus se laisser faire. Les tensions prirent encore plus d’ampleur le lendemain soir, et plusieurs jours plus tard. En quelques semaines, les résident.e.s du quartier s’organisèrent en groupes militants, pour mettre en place des lieux où les gays, les lesbiennes, les personnes trans et toutes les personnes marginalisées pourraient se retrouver sans craindre d'être arrêté.e.s. Un an après, le 28 juin 1970, les premières « Gay Pride » apparurent à Los Angeles et à New-York pour marquer l'anniversaire des émeutes de Stonewall. 

Aujourd'hui, les « Gay Pride » ou marches des fiertés sont organisées chaque année, partout dans le monde, autour du mois de juin, pour commémorer ces émeutes.

Réapproprions-nous nos marches, nos combats, nos corps et nos identités.

Redonnons la voix(e) militante et politique que nous avons perdue toutes ces dernières années. Pour la mémoire de Sylvia[5], Marsha[6], et tout.e.s les autres.

Parce que Stonewall n’était définitivement pas une soirée mousse.

[1]Phénomène de normalisation qui établit de nouveaux standards au sein même de la communauté homosexuelle, mais en imitant le modèle hétérosexuel

[2]Valorisation exclusive des valeurs libérales et démocratiques occidentales contre celles du reste du monde, présentées alors comme archaïques et liberticides. Les personnes LGBT homonationalistes penseraient que l’homophobie serait une haine cantonnée aux zones « barbares » : les pays arabo-musulmans et les banlieues de certaines villes occidentales. 

[3]Technique de communication fondée sur une attitude bienveillante vis-à-vis des personnes LGBTQIA+ par une entreprise ou par une entité politique, qui essaye de modifier son image et sa réputation dans un sens progressiste, tolérant et ouvert.

[4]Procréation médicalement assistée

[5]Sylvia Ray Rivera, est une militante trans. Elle a notamment participé aux émeutes de Stonewall et au mouvement pour les droits des personnes LGBTQIA+. Elle était une des membres fondatrices du Gay Liberation Front et de la Gay Activists Alliance.

[6]Marsha P. Johnson est une femme trans et drag queen américaine, travailleuse du sexe et militante du mouvement LGBTQIA+ qui a participé aux émeutes de Stonewall.