Tu pleures tout le temps. Quand tu es triste, quand tu as peur. Quand l’anxiété t’attrape le coeur pour jouer de la tambourine pas mal trop rapidement.

Tu pleures quand tu rigoles trop longtemps, quand tu lis les journaux, quand t’entends une douce musique qui berce tes oreilles, quand ta plante meurt d’une noyade ou d’une sécheresse infernale.

Tu pleures quand on te confie des mots difficiles qui sortent avec lenteur pour venir se déposer au creux de ton empathie.

Tu pleures quand ta vie part vers des lieux inconnus, des endroits que tu souhaiterais tellement éviter et ne jamais rencontrer.

Tu pleures quand tu regardes des films, quand tu observes tes chats, quand t’apprends que la grand-mère de la blonde de ta cousine éloignée est décédée subitement la veille au soir.

Tu pleures devant les documentaires sur les animaux sauvages, sur le système solaire, sur les ours polaires, sur les fourmis qui travaillent si fort pour si peu. Tu pleures tout le temps, pour tant de raisons quotidiennes qui te semblent futiles et ridicules. Tes larmes se pointent à tous les rendez-vous, fidèles au poste, toujours prêtes à se lancer du haut de tes yeux brillants.

Tu trouves ça épuisant, même gênant, de toujours suinter du regard, d’avoir des chutes en permanence sur tes joues sur le bord d’être irritées par tant de fluides salés.

Tu es effrayé.e de l’image que tu penses projeter aux autres, à ton entourage qui ne pleure jamais ou presque pas.

Tu te fais juger, regarder croche pas très droit pour cette larme qui menace de se laisser tomber. Tes émotions sont invalidées, banalisées, réduites au simple statut de faiblesse. Tu es épuisé.e d’avoir les sentiments à fleur de peau.

Cette peau et ce corps qui fleurissent all day everyday à force d’être arrosés à chaque moment. Et toi tu ne les vois jamais ces belles fleurs qui te couvrent entièrement parce qu’on tente de te les rendre invisibles pour te garder cloîtré.e dans une boîte de standards aseptisés. Pour t’enfoncer la tête dans une piscine de larmes inventées et te faire oublier ta réelle et grande valeur si merveilleuse.

Mais tu fleuris. Beaucoup, longtemps et d’une jolie manière unique. Le champs floral qui tapisse ton derme est magnifique et témoigne de cette force qui te caractérise, de cette résilience qui remplit tes journées difficiles, de cette sensibilité qui te donne accès aux vécus des autres.

Tu es une personne émotive qui pleure tout le temps, et il n’y a rien de mal dans le fait d’arroser constamment sa vie et son enveloppe corporelle. Peu importe le nombre de larme qui se déversent sur ton doux visage, tu n’es pas et ne sera jamais faible pour autant. Tu es une belle personne qui a le droit de pleurer, d’être considérée et respectée pour tout ce que tu ressens.